Rencontre avec Skyjoe, auteur de la bande dessinée « Boo Tchou »

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Skyjoe et je suis auteur de bande-dessinée en auto-édition. J’habite en gironde, région idéale pour qui aime l’océan et les vignes.

Comment vous êtes-vous orienté vers la bande dessinée ?

Je ne pense pas que ce soit un hasard, je dessinais mes copains en BD lorsque j’étais au lycée ! Néanmoins, à l’époque, j’ignorais ce que je voulais faire comme métier, j’hésitais entre vétérinaire, pompier ou quelque chose en rapport avec les jeux vidéo. J’ai finalement fait une école de graphisme et par la suite j'ai bossé en freelance (illustration et web-design) mais rien ne m’intéressait si ce n’est de raconter mes propres histoires. C’est ce qui m’a amené à la bande-dessinée.  

De quelle façon Boo Tchou, le personnage principal de votre BD, est-il né ? Dans quel univers évolue t’il ?

Il  est né du désir de réaliser une oeuvre sans me prendre la tête et de donner au public une grande bouffée d’air frais. À l’époque je n’écrivais que des textes engagés, or, j’avais envie de filer la patate aux gens, même si l’un n’empêche pas l’autre !

Boo Tchou est une série humoristique qui raconte l’histoire d’un caneton mignon mais pas très malin, qui enchaîne les boulettes en tentant de s’échapper du paradis.

© skyjoe

Comment décririez-vous votre style ?

C’est compliqué car je ne cherche pas à avoir de style, si ce n’est d'éviter autant que possible de ressembler à quiconque. Je veux offrir du neuf au lecteur, que ce soit au niveau du scénario ou du dessin. J’essaie simplement de progresser au fur et à mesure de mes planches. S’il fallait vraiment lui donner un nom, je pense qu’on peut définir mon style de cartoonesque. Néanmoins, il existe tellement de maîtres dans le domaine de la bande-dessinée que ce serait mentir de dire que je ne m’en inspire pas.

Quel est le processus pour réaliser un album ?

Commencer par boire trois litres de jus de fruit à la papaye… Le petit côté exotique permet de s’évader, lol. Plus sérieusement, j’essaie de voir ce qui ne va pas dans les albums précédents et ce que je peux améliorer. À partir de là je définis une trame principale, quels personnages je vais mettre en avant et de quelle façon… Ensuite je recherche des gags que je note en les numérotant. Pour le tome 3, je vais faire le tri parmi eux, chose que je n’avais pas fait dans les précédents… Je voulais vraiment mettre en avant la spontanéité mais ce n’est pas une bonne idée.
Ensuite, je développe chaque gag en écrivant leur scénario.

Une fois l’album scénarisé, je passe aux planches. En général, le storyboard est dans ma tête, ce qui ne m’empêche pas de réaliser un brouillon très rapide, au moins pour ne pas me tromper dans la répartition des cases et leur place dans la page. Vient ensuite le crayonné au bleu puis l’encrage. Je scanne ensuite ma planche et je réalise la couleur à l’ordinateur, à la tablette graphique.

Quels sont les principaux challenges auxquels vous avez dû faire face ?

Me prendre des gifles lors de mes sorties aux festivals. Recevoir des conseils beaucoup trop subjectifs, parfois infondés, ou encore formatés par un idéal de marketing, et devoir les encaisser. Prendre conscience du fait que les coulisses du milieu éditorial sont plutôt sombres, voire puantes dans certains cas. Je n’exagère pas, il existe certaines personnes pour qui les auteurs ne sont qu’une planche à billet.

© Skyjoe

Quelles sont, à votre avis, les compétences personnelles importantes qu’il faut avoir pour  réaliser une BD ?

Si on met de côté la conjoncture : il faut du talent et aucune crainte à travailler durement.

En prenant en compte le contexte éditorial et sociétal : il faut être un peu fou et hyper motivé.

Pourriez-vous nous décrire votre espace de travail ?

Je travaille dans mon salon, sur un petit espace de deux mètres carré. Ça me va car j’écoute de la musique la plupart du temps et lorsque j’encre mes planches ou que je les mets en couleur, j’écoute des émissions sur différents sujets. Ça me permet de rester connecté au monde et de m’instruire.

Comment organisez-vous vos journées ? Avez-vous des routines de travail ?

Avant mon burn-out, je travaillais de huit heures du matin jusqu’à deux heures du soir et plusieurs heures le week-end. Quelques soirs, je faisais du sport et retournais au boulot. Désormais, je me fixe des horaires de bureau. Quand il m’arrive de bosser le soir ou le week-end, c’est sans me stresser ni m’y sentir obligé. Je veux me défaire de cette habitude car on acquiert une sorte de stress qui se répercute sur notre famille, c’est très mauvais.

Vivez-vous de votre talent ? Bien ou mal ?

Pas encore non, snif.

Si non, souhaiteriez-vous en vivre ?

Oh que oui.

Quel est votre rêve d’artiste ?

Être pété de fric et le distribuer à ceux qui en ont besoin.

Qu’est-ce qui le rend difficile à réaliser ?

D’un point de vue technique, les modèles économiques viables sont encore en train de se mettre en place et il faudra attendre encore un certain nombre d’années avant que le public y adhère complètement. De plus, il n’existe pas de réseau social suffisamment visible et grand public qui fasse la part belle aux artistes évoluant de façon indépendante. Que ce soit au niveau de la visibilité, ou encore de la marge qu’une vente rapporte à un auteur, rien n’est encore suffisant pour permettre à un artiste de s’en sortir. Je souhaite à Stram d’arriver à changer la donne dans tout cela.

Quelle reconnaissance attendez-vous ?

Je souhaite juste plaire au public.

Quel est votre statut légal par rapport à votre activité artistique ?

Auto-entrepreneur. Une vraie galère dans le cas où je souhaite diversifier mon activité. Il n’existe pas de statut légal nous permettant à la fois de signer chez un éditeur et de commercialiser nous-mêmes notre bande-dessinée en même temps. Or, c’est une pratique qui commence à voir le jour depuis l’arrivée des nouvelles technologies.

On peut le faire car il y a, d’après mes connaissances, un vide juridique, mais on doit cotiser à deux caisses : l’URSSAF et l’AGESSA. Il y a d’autres complexités administratives qui nous mettent des bâtons dans les roues, parce qu’il n’existe pas vraiment de statut pour un auteur/éditeur.

Mon activité me prend beaucoup trop de temps pour que je me noie dans une paperasse beaucoup trop floue. Tout le monde devrait être rattaché à la CPAM, simplement.

© Skyjoe

En tant qu’artiste, vous sentez-vous isolé, ou pensez-vous qu’il existe suffisamment de structures pour vous permettre de vous exprimer ?

En France, je pense qu’on a du bol. Bon, le système économique bat de l’aile et la culture en prend un coup, mais ça peut encore aller je suppose. Je suis auteur de BD, donc je ne demande pas de coup de main aux structures dans le sens où je réalise des livres. Tout au plus, je vais réaliser quelques ateliers de dessin quand j’aurais le temps, mais je ne pense pas avoir de grosses difficultés à les placer.

Pensez-vous que les dessinateurs ont un rôle social en France ? Si oui, lequel ?

Oui, tout ce qu’un artiste peut apporter à la société. Ouvrir des portes closes, faire rêver, distraire... Récemment, j’ai rencontré un type qui avait tendance à cracher sur les métiers du divertissement, mettant en avant les médecins, les ouvriers, bref, des métiers forts utiles. Ce monsieur semblait pourtant avoir oublié qu’une fois sa journée de travail terminée, son grand plaisir était de poser ses fesses devant la télé... Et que cela lui permettait de retrouver du courage pour retourner au charbon le lendemain. De mon côté et durant ma jeunesse, j’ai passé des heures et des heures à suivre des journalistes d’investigation, à décortiquer l’actualité et à lire des bouquins en faisant très attention à multiplier les sources de renseignements et à rester objectif. Un artiste peut aussi, s’il le souhaite, mettre en lumières des sujets ou des opinions pour un public qui n’a pas toujours le temps de se documenter.

Comment voyez-vous l’avenir de la bande dessinée en France ?

Du point de vue des auteurs, ça ne peut qu’aller mieux, ils sont déjà en dessous de tout. Il y aura peut-être une dernière crise, petite ou grosse, je l’ignore.

Du point de vue du public, il n’a pas à s’en faire, les BDs ne sont pas prêtes de disparaître...

Et maintenant, carte blanche : si vous avez des réponses à des questions qui n’ont pas été posées et qui vous semblent importantes, allez-y.

Ah non alors, vous m’avez rincé ! Ahaha ! Merci pour cette interview et longue vie à vous, pleine de belles rencontres.

© Skyjoe

Interview réalisée par L.B. pour Stram.

Rencontre avec Skyjoe, auteur de la bande dessinée « Boo Tchou »
SKYJOE
Skyjoe Merci Stram, you're the best ^^
il y a 2 mois
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