Magdéleine FERRU ~JustMagD~

© Magdeleine Ferru – Body 1

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

« Les voyages forment la jeunesse » disent-ils… Vivre ailleurs, apprendre différentes langues, cultures, traditions, découvrir d’autres croyances, religions, modes de vie…. Être témoin de la vie des autres. Être observatrice, mais aussi ressentir.

La photographie, mais aussi tout ce qui est du domaine artistique a toujours eu une place importante dans ma vie que ce soit de la création manuelle ou visuelle. Toute petite, je m’intéressais à la sculpture, au dessin, la poterie, le tissage, j’écrivais des poèmes. J’ai toujours été très attirée par les livres et les belles illustrations.

Mes grand-parents ont eu la chance de beaucoup voyager. Je me souviens de ces soirées passées à regarder leur diapos et à écouter leurs récits de voyages. Mon père a toujours aussi fait beaucoup de photos, toujours en diapos, et quel plaisir à chaque fois de sortir le projecteur et l’écran. C’est comme un rituel, une sorte de porte d’entrée vers le monde oublié, avant, littéralement, de replonger dans le passé.

Voyages et photos se sont alors immiscés dans ma vie, l’un puis l’autre, puis jamais l’un sans l’autre.

Dans un premier temps il y a eu l’argentique. Le plaisir de découvrir sa photo apparaître dans le révélateur. Puis je suis passée au numérique lors de mes premiers longs périples, sans regrets. J’ai enchaîné petits boulots et voyages, m’inventant une vie différente à chaque coin de rue, m’inspirant du monde, le sud de la France restant mon escale permanente.

Aujourd’hui j’aime revenir à une pratique argentique pour certains projets, notamment grâce aux polaroids, avec un moyen format, ou de vieux instamatics dénichés ici et là, et passer plus de temps en labo NB.

Comment décririez-vous votre style ? 

Mes idées s’inspirent beaucoup de ce que j’ai vécu/je vis, de ce que je ressens, de ce dont j’ai été témoin. J’ai une forte créativité, une sensibilité et des émotions à fleur de peau.

J’ai des images qui me viennent à l’esprit, ou en rêves. Je prends des notes, parfois je réalise des petits croquis des scènes avant de les rendre en photographie. Simplement, une personne, une lumière, un lieu, un mot, un évènement, une sensation, un film ou une mélodie même, m’inspireront. Je suis assez sensible aux contes de fées, et fables de mon enfance, aux histoires magiques. Parfois l’inspiration et le projet qui en découle sont tout à fait spontanés. Je me laisse surprendre par l’instant présent, une situation.

J’explore les sentiments, j’explore la matière : l’identité et la société, la nature humaine, notre environnement naturel ou urbain, et leurs relations, qui s’entrecroisent dans mes photographies. Reproduire la réalité avec une touche d’utopie. Quelquefois l’inverse. Pensées douces-amères.

Alors si mes voyages et mes différentes expériences continuent à m’animer, le corps et notamment le corps féminin, se retrouve régulièrement au centre de mon travail, souvent onirique et délicat, parfois osé ou provocant.

Je mêle de plus en plus mes projets photos à l’art du livre et à différentes techniques plasticiennes (mises en scènes, collages, sur-impression) ; Je crée, recycle, fabrique, incorporant ainsi la matière à mon travail visuel.

© Magdeleine.Ferru – Mont Everest

Quels sont les principaux challenges auxquels vous avez dû faire face ?

La communication est un travail à temps plein, j’ai créé moi-même mon site avec les conseils  d’amis. j’ai suivi une formation pour adulte en webdesign de 4 mois, il y une dizaine d’année, et à moins d’en faire tous les jours, « fabriquer » un site internet est quelque chose de technique. Tout va si vite dans le monde du web, il faut être prêt, réactif, et toujours se tenir au courant des dernières nouveautés. Ce n’est pas facile.

Le poids de la société et ses normes (mariage, carrière, enfants, etc…) pèsent énormément -malheureusement- dans la balance de la vie. Travailler pour soi, chez soi, n’est pas toujours bien accepté.

Le temps qui passe, et l’argent qui file ramènent souvent à la réalité…Heureusement beaucoup de « p’tits boulots » sont accessibles et simples à trouver.

J’espère pouvoir dire que je m’en sort, en réalisant mes rêves, et en faisant ce qui me plait, et tant pis si je ne suis plus depuis longtemps dans la normalité, comme j’ai basculé dans la « rêvalité ».

Quelles sont, à votre avis, les compétences personnelles importantes qu’il faut avoir pour exercer la photographie ? 

Surtout ne jamais abandonner, persévérer, mais ça c’est vrai dans la vie en général;

Garder la positive attitude, et toujours voir les critiques, même les plus négatives, comme positives, on apprend toujours, et c’est comme ça qu’on avance;

Expérimenter, oser, faire des essais, trouver son propre style; Garder l’esprit ouvert; Sortir de sa zone de confort, tester de nouvelles choses, de nouvelles techniques de prises de vue ou de retouche; Rester en éveil, curieux; Regarder des photos, mais aussi d’autres arts pour enrichir l’oeil, l’inspiration et l’imaginaire.

Sortir et photographier le plus souvent possible…. Être patient !

Les meilleurs appareils ne font pas forcement les meilleurs photographes, il ne faut pas se focaliser sur le matériel.

Se faire plaisir et s’en donner les moyens

Rêver encore et toujours… et surtout surtout, S’AMUSER !!!!!

Pourriez-vous nous décrire votre espace de travail ?

Plutôt calme et organisé; malheureusement je n’ai pas vraiment d’espace dédié à la photo (mis à part mon labo noir et blanc, que j’aimerais utiliser plus souvent), les prises de vues se font au gré de  mes envies et des lieux que je trouve, puis ensuite je travaille sur ordinateur portable, à la maison.

Si je ne suis pas dehors, il y a toujours une fenêtre qui me permet de surveiller le temps et la lumière.

Les fabrications de livres peuvent aussi bien se faire à l’atelier si jai besoin d’outils, que sur une  simple table de cuisine ou un bureau; Mais souvent j’aime travailler à même le sol.

© Magdeleine Ferru – Comfort Zone 1

© Magdeleine Ferru.Comfort – Zone 2

Comment organisez-vous vos journée ? Avez-vous des routines de travail ?

Absolument pas, au jour le jour,

Chaque jour étant une nouvelle aventure, je me fixe des objectifs, mais pas de contraintes. Un imprévu n’est pas vu comme un problème, mais plutôt comme une opportunité, une chance.

J’aime travailler tôt le matin pour l’editing, choix des photos et pour la communication (répondre aux emails, et à des appels à projets, faire un peu de communication sur Facebook et Stram, etc…)

Les prises de vue, ça dépend de la lumière, de l’ambiance que je recherche. Parfois je sors seulement avec mon téléphone portable pour faire du repérage, puis quand l’idée est plus aboutie dans ma tête et que je me sens prête, alors je retourne sur le lieu avec mon appareil photo. Il m’est arrivé de retourner plusieurs fois au même endroit, mais à différentes saisons, pour continuer une histoire dans le temps. Et puis comme je l’ai dit plus haut, je surveille la lumière, si je vois quelque chose qui me plait, je sors photographier, ou parfois même seulement admirer et profiter du moment, c’est aussi bon pour l’inspiration !

Vivez-vous de votre talent ? Bien ou mal ?

Non, mais bientôt j’espère…

J’ai commencé à mettre quelques photos sur un site de vente de photographie en tirages limités, malheureusement, l’editing, la communication, ça prend beaucoup de temps.

Si non, souhaiteriez-vous en vivre ?

Ce que je fais, je le fais car c’est dans mes trips. Quand quelque chose mûrit à l’intérieur, il faut que ça sorte pour que je puisse continuer à avancer et à créer. Mais je suis humaine, je dois aussi me nourrir et payer les factures, alors bien sûr, j’aimerais vivre de mon art.

Qu’est-ce qui est le plus gratifiant dans votre pratique de la photographie ?

J’espère par le biais de mes photos faire passer un message, faire rêver l’observateur, l’inviter à se questionner sur un sujet précis. Quand un de mes projets mène à une discussion, ou si une de mes photos attire l’œil et arrête le spectateur, alors je sais ne pas l’avoir réaliser pour rien.

Ca me permet aussi d’aller à des festivals, expos, et salons, discuter avec d’autres passionnés d’arts, rencontrer d’autres photographes, partager des expériences, essayer de nouvelles techniques et apprendre encore et toujours; Vivre ma passion, travailler dur pour ce que j’aime.

Et le plus difficile, ou décevant ?

Il est parfois frustrant de devoir passer plus de temps à faire de la communication plutôt qu’à créer;  Ne pas être en ville limite l’accès aux expos et autres événements culturels et donc limite la création de réseaux et de contacts dans le milieu. Mais je ne renoncerais pas à mon mode de vie pour ça; J’essaie de faire des festivals, et expos; Internet, même si ça reste du virtuel, permet un petit aperçu de ce qui se passe dans le monde de l’art en général, mais pour une artiste plasticienne, qui aime mélanger matière et visuel, ca reste très restreint. 

© Magdeleine Ferru – Kennecott

© Magdeleine Ferru – Rue de Katmandou

Quel est votre rêve d’artiste ? 

J’aimerais réussir à exposer mes photos dans une grande galerie ou lors d’un festival dédié à la photographie contemporaine, puis à long terme, pourquoi pas à l’international (je vois grand;).

J’aimerais aussi pouvoir avancé dans plusieurs de mes projets, et avoir plus de temps à passer  dans mon labo argentique. J’aimerais faire des essais et m’initier aux procédés photographiques anciens (cyanotype, collodion, etc…), jouer avec les chimies, et développer ma propre technique.

Qu’est-ce qui le rend difficile à réaliser ?

Le manque de temps encore et toujours…

Quelle reconnaissance attendez-vous ?

J’aimerais que mon travail de photographe plasticienne soit reconnu comme un emploi à temps plein. (qu’on arrête de me dire « Mais tu as le temps, tu ne travailles pas… »); Qu’il soit cité par d’autres photographes, professeurs, critiques, comme exemple (oui, là aussi je vois grand ;).

Quel est votre statut légal par rapport à votre activité artistique ?

Artiste photographe.

Vous sentez-vous isolé, ou pensez-vous qu’il existe suffisamment de structures pour vous permettre de vous exprimer ?

Je pense que la montée du numérique en photo a motivé la création de plus d’espaces en photo, comme dans l’art en général; Que ce soit web, magazines, festivals, lieux d’expositions, ils sont de plus en plus nombreux.  

Pourtant en tant que artiste et femme, j’ai l’impression que si les structures se développent, souvent elles tendent à traiter du même sujet. J’ai peur de voir les mêmes thématiques se répéter, alors que d’autres sont encore souvent taboues. J’aimerais voir évoluer le monde artistique vers une reconnaissance de l’art en tant que tel et non par rapport au nom, à l’origine, ou au genre de la personne créatrice de l’oeuvre. Que la société change vers un art plus libre et plus ouvert en général, car s’il on peut s’exprimer, on n’est que rarement entendu.

Pensez-vous que les photographes ont un rôle social en France ? Si oui, lequel ?

Tout dépend du photographe, du genre de photos qu’il fait, et du public qu’il vise.

Beaucoup de résidences d’artiste inclus quelques heures/jours de médiation. Si ce n’est pas toujours « social », une initiation à la photographie ou à l’art peut être une belle façon d’encourager les gens à se rencontrer, à sortir de chez eux, à échanger.

Comment voyez-vous l’avenir de la photographie en France ?

Développement du numérique encore et toujours bien sûr, mais je pense que les techniques traditionnelles vont revenir de plus en plus sur le devant de la scène…

Et maintenant, carte blanche : si vous avez des réponses à des questions qui n’ont pas été posées et qui vous semblent importantes, allez-y.

Je remercie vivement ma famille qui me soutient depuis toujours. Mes parents, mon frère et mon copain qui me laissent vivre mon rêve, qui m’aident et me suivent dans mes idées les plus folles. Je vous aime. 

Toutes ces personnes qui m’ont fait/me font confiance, et qui m’encouragent à ne jamais abandonner. Mes ami(e)s photographes qui sont toujours là pour une question ou un conseil et avec qui j’apprends toujours quelque chose. 

Un IMMENSE MERCI pour toutes ces personnes.

Merci Stram pour cette interview !

© Magdéleine Ferru – Sans Altre Mue

© Magdeleine Ferru – Rest In Pieces

© Magdeleine Ferru – Body 2

© Magdeleine Ferru – Passage

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