Comment l’art nous parle ?

Beaucoup de gens l’affirment, la beauté est une valeur en soi, ayant seulement besoin de paraître pour révéler nos émotions. Au point de se trouver saisis, bouleversé comme Stendhal lors de son premier voyage à Florence. Nul ne peut contester cette possibilité de l’art qui frapperait le néophyte dans toute sa splendeur et son émotion. Il est dit que plus nous en savons sur l’artiste et l’environnement dans lequel il a élaboré ses œuvres, plus nous pouvons interpréter son travail et, de ce fait, multiplier nos chances de le comprendre « intimement ». C’est seulement ainsi que l’art peut nous aider à mieux vivre. 

Mais alors, si l’on suit ce raisonnement, qu’advient-il de ceux qui n’ont pas eu accès à l’histoire de l’art ?

D’après Alessandro Pignocchi, auteur de L’oeuvre d’art et ses intentions (Odile Jacob), « L’idée que l’oeuvre se suffit à elle-même reste un mythe fort, issu du romantisme. Admettre qu’il faudrait des informations en plus pour la comprendre demeure iconoclaste pour certains. Or je pense, au contraire, que tout ce que l’on apporte avec soi contribue à construire une expérience de l’oeuvre et nous aide à l’apprécier. Seule cette compréhension profonde nous permet de projeter sur l’artiste des émotions, une personnalité, un état psychique. Bref, d’être en empathie et de parvenir ainsi à créer une relation personnelle à l’oeuvre que l’on regarde. A contrario, quand nous ne disposons pas d’informations, le rapport à l’oeuvre est extrêmement pauvre. Dans le pire des cas, nous pouvons être tentés de conclure que l’artiste se moque de nous ! »

Cela prend tout son sens pour ce qui est de l’art conceptuel : « Si vous êtes devant le Pont-Neuf emballé par Christo, sans rien connaître de l’artiste, vous allez penser « Tiens! on fait des travaux », mais il suffira que l’on vous dise que c’est de l’art pour mettre en route votre petite machine à penser. Vous allez essayer de comprendre, de comparer avec ce que vous connaissez, d’interpréter et, peut-être, d’admirer ce travail. Ces mécanismes psychologiques sont inévitables et sont manifestes dès que l’on est en présence d’une oeuvre d’art. En remonter le fil, s’interroger sur ce que nous avons pensé ou associé à un tableau, par exemple, peut-être individuellement très enrichissant. On comprend alors beaucoup de choses sur ce qui nous guide vers certains artistes. »

En conclusion, si l’appréciation d’une oeuvre d’art semble pouvoir se passer de toutes connaissances et de toute culture, en réalité, il n’en va pas précisément ainsi. Pour autant, ce n’est pas que les œuvres soient réservées à une élite, mais bien plutôt que par elles, la culture pose certaines exigences au spectateur, et cherche véritablement, où qu’elle le trouve, à l’élever, c’est à dire à faire en sorte que sa surprise, l’attrait ou la répulsion, ne reste pas dédain ou indifférence, mais se découvre comme sujet culturel dont la référence passe sa mesure. L’art est ainsi source d’étonnement et moyen d’accès privilégié à la culture.

L.B.

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